Frigiel et Fluffy

Voilà mon dernier crime (il est dispo dés aujourd’hui dans toutes les bonnes librairie)

nicolas-digard-frigiel-et-fluffy-tome1

Comme vous pouvez le constater, à part l’épée et la forêt, pas grand chose à voir avec Les loups de Sherwood. Ce tome 1 d’une série de 3 Romans jeunesse inspirés de la série Youtube Frigiel et Fluffy, se déroule dans un univers Heroic fantasy librement inspirée du jeu Minecraft.

À la suite des loups de Sherwood, j’ai reçu pas mal de propositions de collaborations et j’ai accepté celle des éditions Slalom car cela faisait un moment que j’avais envie d’écrire un roman jeunesse médiéval avec de la magie et des dragons !

J’ai en effet un passé de joueur de Donjon et Dragons (allez, j’avoue, de World of Warcraft aussi…) et j’ai toujours été fasciné par les univers Heroic fantasy.

Sur ce projet, j’ai eu la chance de collaborer avec Frigiel, le créateur de la série qui a inspiré le livre. Nous avons travaillé le scénario ensemble et Frigiel s’est montré brillant. Nos échanges ont été d’un très haut niveau et ses remarques à chaque fois extrêmement constructives. Au final, nous sommes tous les deux très fiers du résultat.

Et alors que je me plongeais dans l’écriture à proprement parler, Frigiel s’est occupé de concocter deux trucs absolument incroyables :

  1. Il a commencé par récupérer la carte de l’univers qu’on a créé ensemble et avec une équipe d’architectes/programmeurs il a recréé cette carte dans le jeu vidéo! Vous pouvez la télécharger et évoluer dedans et y jouer en visitant les lieux décrits dans le roman! http://www.slalom-editions.fr/telechargez-la-map-du-livre-frigiel-et-fluffy/
  2. Ensuite, à partir de cette carte il a concocté une bande annonce géniale qu’il présente dans cette petite vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=DNqFYbCm7eQ

Cette série en trois tomes, s’adresse aux lecteurs de 9 ans et plus (beaucoup plus même), qu’ils soient fans de Minecraft ou non.

Vous y apprendrez ce que contient le mystérieux coffre que le grand-père de Frigiel lui confie et qui semble (trop) intéresser un grand dragon noir, les points communs entre un ado et une araignée et pourquoi les squelettes préfèrent les arcs aux épées.

Pour ceux qui lisent sur support numérique, sachez que nous avons un partenariat avec la Fnac et qu’il y a donc du contenu bonus à l’intérieur ! 14 pages de plus sur le monde et des illus inédites. http://recherche.fnac.com/SearchResult/ResultList.aspx?SCat=0%211&Search=Frigiel+et+fluffy&sft=1&sa=0

Nicolas

 

Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Premier roman : le bilan 5/5

Alors que la déferlante de la rentrée littéraire s’apprête à emporter les tables des libraires (et mon livre avec) sous ses 560 nouveautés, j’ai décidé de revenir sur ce qui m’a le plus marqué dans cette expérience du premier roman en cinq articles dont voici les thèmes :

  1. LA question récurrente : « Tu as mis combien de temps à l’écrire ? »
  2. Baby blues
  3. Un roman si sombre ?
  4. Découverte : cet autre en moi.
  5. Première radio : l’effroi.

5. Première radio : l’effroi.

Je ne m’y attendais pas ! Une radio !! Lors de la promo du livre, RTL m’a invité à son émission la curiosité est un vilain défaut. Cette émission diffusée à 20 h sur la chaîne mêle efficacement érudition et pédagogie.

Ici partie 4/4 : http://www.rtl.fr/culture/medias-people/la-france-gourmande-dans-la-curiosite-7783303205

J’accepte l’invitation avec un sentiment immédiat de panique. Je vais devoir tenir 35 minutes sur mon roman… en direct. Chaud, pour une première.

Je passe un temps fou à relire mes recherches (merde, c’est quoi la date du couronnement de Richard Cœur de Lion déjà ?) J’essaie de rédiger des notes pour parler du livre, de mes personnages.

Et là, c’est le mur.

Je n’arrive à rien dire sur mon texte. J’essaie vainement de trouver des formules, des analyses fines à la Bernard Pivot et je deviens absolument insupportable avec mon amoureuse qui tente pourtant bravement de m’aider.

Quand le jour de l’interview se lève, je suis fatigué. J’ai en main, une vingtaine de fiches complètes, de couleurs différentes en fonction des thèmes.

La journée passe… lentement.

L’attaché de presse m’attend à l’accueil de la radio. On nous dirige à travers un labyrinthe de couloirs et de studios pour arriver devant celui où Thomas Hugues et Sidonie Bonnec interrogent Dorian Malovic, un monsieur barbu incollable sur l’amour en Chine.

Il assure Dorian. Il fait des blagues et il a zéro fiche. Moi, avec mon pauvre verre d’eau de l’autre côté de la vitre, je balise. Je relis mes fiches avec autant d’efficacité que mes cours d’Allemand avant le baccalauréat.

Et puis, sans que je l’aie vu venir, c’est à moi.

On me fait entrer dans la salle. On m’assoit à la place de Dorian. J’étale mes fiches. Je respire pour reprendre confiance.

Je m’attends à une mini explication sur la manière dont ça fonctionne, quand je peux parler, etc. Mais non. Le générique s’enclenche et VLAN, première question.

J’essaie de parler lentement. Je suis ultra conscient de moi-même. Je m’embarque dans des phrases dont je n’ai aucune idée de la fin. Je suis obligé de changer en cours de route. J’oublie où je voulais en venir.

Heureusement, sur les deux écrans je découvre que je ne suis pas filmé. Ouf. Je peux regarder mes fiches sans soucis.

L’émission se déroule bien malgré tout. On parle assez peu de mon roman et beaucoup du Mythe de Robin des bois.

Je sors lessivé. Les 35 minutes sont passées en un clin d’œil. Je regrette déjà ces phrases que je n’ai pas pu placer. Mais C. me félicite. Mon amoureuse aussi, qui m’apprend que j’étais bien filmé, en direct. Mais bon à priori ça s’est bien passé. Personne n’a entendu aussi clairement que moi mes hésitations et cafouillages.

Premier roman le Bilan 3/5 + 4/5

  1. Alors que la déferlante de la rentrée littéraire s’apprête à emporter les tables des libraires (et mon livre avec) sous ses 560 nouveautés, j’ai décidé de revenir sur ce qui m’a le plus marqué dans cette expérience du premier roman en cinq articles dont voici les thèmes :
    1. LA question récurrente : « Tu as mis combien de temps à l’écrire ? »
    2. Baby blues
    3. Un roman si sombre ?
    4. Découverte : cet autre en moi.
    5. Première radio : l’effroi.

 

3. Un roman si sombre?

À ma plus grande joie, mon roman est tombé entre de très bonnes mains. Deux critiques, notamment, ont su en parler bien mieux que je ne saurais le faire.

Il y a eu la très belle critique de L’albatros : http://www.nicolashouguet.com/2016/05/les-loups-de-sherwood-de-nicolas-digard.html

Et la tout aussi juste critique de Garoupe : https://garoupe.wordpress.com/2016/05/09/les-loups-de-sherwood-nicolas-digard-service-de-presse/

Ces deux papiers m’ont vraiment touché, ils m’ont même inspiré quand il a fallu parler du roman à la radio et en dédicace. (J’ai honteusement volé quelques formules). Car c’est pour moi aussi compliqué de parler de mon travail que de vous dire pourquoi on s’enthousiasme toujours autant pour les immondes décors en plastique du film Le magicien d’Oz.

Ces deux critiques m’ont aussi révélé une partie de moi-même. Je me sentais au plus près de la réalité en écrivant ce roman. Je le savais sombre, mais je n’avais pas mesuré à quel point il l’était.

Peut-être suis-je plus pessimiste que je pensais l’être.

Merci à Garoupe et l’Albatros. Je les relis souvent, ces deux critiques (surtout avant les salons).

 

4. Découverte : cet autre en moi

L’écriture de ce roman a été une expérience étonnante. Je parlais plus tôt de la musique de l’écriture.

C’est un terme que j’aime, car pour moi, les phrases doivent sonner juste. Parfois, je cherche un synonyme juste pour ajouter une syllabe à une phrase qui sonne faux. Quand j’écris, je suis à la recherche d’un rythme. Ce n’est pas moi qui décide. Il m’appelle. Tant que ça ne sonne pas juste, je le cherche.

Et quand enfin, le texte sonne juste, quelque chose d’étrange se produit. J’ai à la fois l’impression d’être proche de moi-même, de ressentir une harmonie entre qui je suis et mon texte.

Et pourtant…

Pourtant, cette voix me semble très différente de qui je suis dans la vie quotidienne. Cette voix grave, sèche, économe, virile, c’est presque mon contraire. Moi qui suis d’un naturel bavard et jovial (avec une pointe de pessimisme et de paranoïa, ne nous mentons pas).

Alors, qui est cette voix ? Est-ce mon moi en devenir ? Mon moi refoulé, secret ? Faut-il la réveiller ou la laisser dans les livres ?

Nicolas

Premier roman : le bilan 2/5

Alors que la déferlante de la rentrée littéraire s’apprête à emporter les tables des libraires (et mon livre avec) sous ses 560 nouveautés, j’ai décidé de revenir sur ce qui m’a le plus marqué dans cette expérience du premier roman en cinq articles dont voici les thèmes :

  1. LA question récurrente : « Tu as mis combien de temps à l’écrire ? »
  2. Baby blues
  3. Un roman si sombre ?
  4. Découverte : cet autre en moi.
  5. Première radio : l’effroi.

2. Baby blues

J’attendais le carton depuis un moment. C’était quelques semaines avant la sortie officielle, j’avais vu le livre en photo sur la table de mon éditrice, mais je ne l’avais pas encore vu en vrai.

 

Et le carton est là, dans mon salon, avec les vingt exemplaires de mon premier roman. Des années que j’attends ça. J’exulte.

 

J’ouvre le carton, je prends un exemplaire. La couverture est belle avec son verni sélectif. Je le feuillette, je le renifle (je renifle toujours les livres). Je suis content.

 

Et puis, au bout de 2 minutes : tristesse. Une profonde tristesse, venue de je ne sais où qui me submerge. Elle vient avant même que je ne prenne conscience des raisons qui l’animent.

 

Et puis, peu à peu je comprends. C’est bien plus qu’un livre que je tiens dans mes mains. C’est un rêve de gosse. Il est là. C’est ça. Je peux le tenir, le feuilleter. Le rêve est devenu concret, tangible. Cette immense ambition tient maintenant dans la main. Un empilement figé de feuilles et d’encre.

 

Et cette question revient sans cesse me tourmenter : et après ?

 

Pendant longtemps le défi était la publication. C’était le sommet à gravir. Mais derrière la montagne, il y a un océan. Comment exister parmi tous ces livres ? Il y en a tant qui passent sans même laisser de traces !

 

Et puis, est-ce le premier, ou le dernier ? Aurais-je d’autres idées ? Et ces idées plairont-elles ?

 

Cette tristesse me suivra toute la journée. Baby blues.

 

La semaine prochaine : Un roman si sombre.

Tagué , , , , , , , , , , , , ,

Premier roman : Bilan 1/5

Voilà maintenant cinq mois que Les Loups de Sherwood sont sortis du bois. Une sacrée aventure ! J’avais longtemps rêvé de publier. C’est chose faite. Mais comment cela s’est-il passé ?

Alors que la déferlante de la rentrée littéraire s’apprête à emporter les tables des libraires sous ses 560 nouveautés, j’ai décidé de revenir sur ce qui m’a le plus marqué dans cette expérience du premier roman en cinq articles dont voici les thèmes :

  1. LA question récurrente : « Tu as mis combien de temps à l’écrire ? »
  2. Baby blues
  3. Un roman si sombre ?
  4. Découverte : cet autre en moi.
  5. Première radio : l’effroi

 

LA question : Tu as mis combien de temps à l’écrire ?

Je n’y avais jamais réfléchi avant. Mais c’est LA question qu’on me pose le plus souvent (avec « comment as-tu trouvé l’idée ? », mais la réponse à cette question est, au mieux, confuse, au pire, chiante.). Alors ? Combien de temps ?

Accrochez-vous. (C’est une longue histoire.)

Tout d’abord, précisons que ce premier roman n’est pas le premier que j’ai écrit, mais le premier roman que j’ai publié. Il y en a eu un autre avant. On l’appellera Poil de Carotte car je suis son père et que je le renie.

La première version des loups de Sherwood était un scénario de bande dessinée (pour une BD de 46 pages). Je l’avais écrit en 2010. À l’époque, l’histoire se passait du point de vue de Marianne et s’appelait Marianne à vif. Je l’avais proposé à une demi-douzaine de dessinateurs qui l’avaient tous décliné. Certains par manque de temps, d’autres par refus d’écorcher la légende de Robin des bois.

Or, au même moment, ma boîte aux lettres croulait sous les lettres de refus pour Poil de Carotte (26 au total) qui avait eu (jusqu’ici) pour seul intérêt de me prouver que j’étais capable d’écrire un roman.

Après six mois de recherche de dessinateur pour Marianne à Vif, j’ai décidé de m’en passer et de tout « dessiner » moi même. J’ai donc repris la structure, remanié un certain nombre de scènes, fait les recherches historiques que le dessinateur aurait eu à faire à ma place (Il n’y a pas de tabac XIIe siècle, alors que fume-t-on ? Quelles essences d’arbres on trouve à cette époque dans la forêt, y a-t-il des loups en Angleterre ? Quels habits porte-t-on, etc.) Et j’ai tout réécrit en roman. C’est ainsi que le scénario de BD Marianne à vif est devenu un roman : les loups de Sherwood.

Mais c’est seulement le début de l’histoire.

Car cette première version du roman était TRÈS loin du roman publié. Elle était toujours du seul point de vue de Marianne et elle totalisait péniblement 180 pages.

Alors que ma boîte aux lettres commençait à crouler de lettres de refus pour ce second manuscrit (24 au total), mon téléphone sonne.

C’est un éditeur de chez Plon qui m’appelle. Il m’appelle pour Poil de Carotte (1 an et demi après, certes. Mais ce manuscrit n’était donc peut-être pas si nul. Je suis un père ingrat). Je le rencontre. Il aime bien le roman, mais le juge trop court. (Chose confirmée par la suite par d’autres auteurs chez d’autres éditeurs — mais restée inexpliquée : il faut 250 pages pour un premier roman). Il me demande d’en écrire un autre, un « roman positif ».

C’est alors que je lui refile le manuscrit de Les loups de Sherwood. Il me rappelle 10 jours plus tard pour me dire qu’il adore, mais qu’il est aussi trop court. Il me dit : « écrivez-moi une structure pour me prouver que vous pouvez en faire 250 pages et je vous signe. »

Je me mets au travail. Nouvelle version, nouvelles recherches. Je décide de donner plus de place au contexte historique (Richard Cœur de Lion était-il vraiment l’homme dépeint dans les films? Qui occupait le poste de shérif de Nottingham à son époque etc…) . Cette structure me prend un an et demi.

Quand j’en suis content, je téléphone à l’éditeur :

– Bonjour, j’ai fini ma structure !

– Quelle structure ?

– Heu… vous savez, la structure du roman que vous vouliez signer…

Après quelques explications il me remet parfaitement, mais, mauvaise nouvelle : il part de chez Plon dans un mois. Il lit malgré tout la structure, l’aime, la propose à sa successeure, L.. L. aime et me signe ! Ouf !

Et non ! Pas ouf, car ce n’est qu’une structure et qu’il me reste à l’écrire, cette nouvelle version du roman.Et depuis le tout début car tout a changé. Et, L. me prévient, j’ai un an pour le faire.

Il me faudra faire de nouvelles recherches (quand le pape écrit au roi d’Angleterre finit-il sa lettre par « See you soon » ou « Talk to you later » ?), trouver la « musique » du récit (j’ai bien mis 100 pages que j’ai dû ensuite réécrire), apporter quelques modifs à la structure.

Le livre est donc sorti en avril 2016. On peut dire que j’ai mis 6 ans à l’écrire, même si j’ai fait beaucoup d’autres choses à côté. Je serais bien embêté de dire combien de temps effectif cela m’a pris, car ce genre de projet, même quand on n’écrit pas, on y pense en dormant, en regardant des films, en lisant d’autres romans…

Nicolas Digard

Semaine prochaine : Baby Blues.

13010754_1122510674457838_4684037000555909841_n

Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Des nouvelles du front

Chers lecteurs,

Mille excuses pour cette longue absence. J’étais occupé à terminer mon tout premier roman : Les loups de Sherwood, publié le 28 avril dernier aux éditions Plon.

Si vous voulez en savoir plus, voilà la 4ème de couverture :

Et si tout ce que vous croyiez savoir de Robin des Bois était faux?

1189 : le royaume Plantagenêt, qui s’étend de l’Écosse à l’Aquitaine, est ruiné par la croisade d’un roi Richard élevé en Poitou qui ne parle pas un mot d’anglais et déteste l’Angleterre. Le quotidien est sombre et violent, pour les modestes paysans qui s’efforcent de survivre aux hivers rigoureux comme pour les noblions qui tentent d’assouvir leur ambition au prix des plus viles bassesses.
Dans ce contexte troublé, Robin de Loxley, homme révolté, dévoré par la vengeance et l’ambition, fin stratège, chef de bande violent et tyrannique, construit sa légende. Lorsqu’il s’empare lors d’un pillage de la jeune Marianne de Beaumont, le Loup de Sherwood est loin d’imaginer le destin qui les attend.
Voici leur histoire, bien loin de la version romantique que nous connaissions.

En espérant vous avoir donné envie!

En attendant, je me suis promis d’essayer de faire un peu revivre ce blog, à bientôt donc!

 

 

Tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Je suis le produit de leur choix

Chers lecteurs,
Je vous invite à aller regarder le court métrage (et à voter pour lui bien sûr) que Myriam Dahman et son ami Guillaume Le Berre ont co-écrit et co-réalisé pour le festival Nikon. C’est leur premier court et il est très réussit! Le thème de cette année était Je suis un choix. Votez, likez, partagez, il est très drôle et très beau !!! c’est jusqu’à demain! http://www.festivalnikon.fr/video/2014/1068

Corps violent, redoutable, honteux

Comme le précédent, ce texte a été écrit en mini-atelier d’écriture improvisé. Je me suis inspiré du premier vers du poème d’Odilon-Jean Périer Mon corps.

 

J’entre enfin dans Dakar. Mballing est loin derrière maintenant. 80km à vue de nez. Je foule les trottoirs brûlés, les pieds encroutés de sang et de crasse. Je morfle. Un mal de chien qui pulse sous la plante de mes pieds et ceinture mes jambes jusqu’aux genoux. J’ai mal mais ça me plait. Il y a trop longtemps que je n’ai pas eu mal.

J’entre enfin dans Dakar, sa lumière saturée de jaune, de poussières, et de klaxons. Les passant me dévisagent, s’écartent, certains traversent la rue. Tant mieux. Je ne veux pas de leur pitié. J’en ai trop bouffé à Mballing dans leur « village de reclassement social ». J’en ai bouffé jusqu’à en avoir la gerbe. La pitié c’est un sentiment dégueulasse. C’est rien que des gens en bonne santé qui te font des grimaces pour te faire croire qu’ils pigent. Mais ils pigent quedal. Leur pitié, c’est un sentiment de supériorité comme les autres.

Une femme a poussé un cri. Elle sortait d’un magasin. Elle a du se sentir piégée. Elle m’a poussé et elle a couru. Un de ses sacs est tombé. Elle s’est arrêtée, elle a fait semblant d’hésiter puis elle s’est enfuie. Ça m’a fait du bien. Le respect, il n’y a que ça de vrai. J’en ai marre qu’on se foute de ma gueule. Qu’on me donne des « c’est pas grave », des « ça va s’arranger ». Dieu m’a baisé. Fin de l’histoire. Il m’a donné un corps plein de violence. Et sans me demander mon avis, mon corps a retournée sa violence contre moi.

C’est une violence inouïe. La pire des tortures. Celle que tu ne sens pas. La douleur c’est comme les petites étiquettes oranges sur les paquets de clopes de l’épicerie. C’est elle qui te dit le prix de ce que tu perds. Quand t’as pas de douleur, c’est bien pire. Tu peux te couper, te bruler ou même perdre une jambe, tout se vaux. À tel point que crever devient soudain une blessure comme une autre. Et quand t’acceptes que ton corps puisse crever dans ton dos, sans que tu t’en aperçoive, tu commence à mourir de l’intérieur. Et ça c’est grave.

Moi mon corps il a été si violent avec moi que je ne sens pratiquement plus rien. Je ne sens même plus les mouches qui grouillent sur mes lépromes. J ‘ai mis deux jours avant de réaliser que j’avais perdu mon premier doigt. Alors ça me fait du bien de voir les grimaces qu’on me balance à la gueule. Tant qu’on peut blesser mon orgueil, mon corps n’a pas gagné.

 

Cime d’un couple.

Voilà l’endroit où la forêt rencontre les nuages. L’air se fait plus frais, plus dense et la palette de verts tropicaux fusionne en un jeu d’ombres chinoises. Les fougères arboricoles agitent leurs longs doigts dans l’épaisseur humide de la brume. À chaque enjambée, tu arraches aux plantes les gouttes qui guettaient ton passage et tu les sens en former de nouvelles, qui perlent doucement vers tes chaussures. La forêt pleure pour toi puisque tu n’en es plus capable.

Elle marche devant toi. Tu regardes ses chaussures s’agripper aux racines, s’enfoncer dans la boue. Elle laisse derrière elle cette traine odorante que tu connais si bien et c’est le seul indice, alors qu’elle semble s’évaporer dans le brouillard, qu’elle ne t’a pas distancé. Elle est si loin pourtant, si loin de toi. Tu le sens à la manière dont sa main refuse de rester dans la tienne, à la mélancolie qui remplace peu à peu la tendresse de ses yeux, à sa façon de regarder ailleurs quand elle te parle, d’être distraite si souvent. Depuis une semaine, il te semble que vous vivez dans deux barques que le courant sépare.

Elle marche devant toi. Tu es essoufflé. Tu cours depuis si longtemps pour ne pas être distancé. Tu sais qu’une fois le sommet de la Soufrière atteint, il vous faudra redescendre. Votre couple n’ira pas plus haut. Redescendre c’est engager cette discussion qui plane en cercles au-dessus de vos têtes, c’est te souvenir de son baiser comme du dernier, c’est la voir fermer la porte de chez toi pour la dernière fois. Alors tu t’assois sur la plus haute pierre, tu entoures tes genoux de tes bras, et les yeux perdus dans l’abstraction de ce paysage gris qui se refuse à toi, tu décides de ne plus en partir. Car dès que vous aurez quitté les nuages il vous faudra bien remettre les pieds sur terre.

Un rêve

Image

Les arbres sont nus, la rue scintillante. Les averses de la nuit fuient la clarté cérulée de l’aurore. Sous l’éclat tungstène du réverbère roule un sac en plastique rose. L’air est humide, chargé d’un parfum minéral et tranchant. Pas une seule voiture. Rien ne vient troubler le silence de la ville endormie que la cadence de mes pas et le cliquetis des griffes du chien que cet homme promène sur le trottoir d’en face. Il porte un imperméable grisâtre dont la ceinture traine sur le bitume. Il a chaussé ses mocassins sans prendre la peine d’enfiler ses chaussettes. J’observe la manière singulière qu’il a de marcher, le dos vouté, la tête baissée, les yeux comme tournés vers son nombril. Lorsqu’il arrive au bout du trottoir, son regard se hisse jusqu’au feu. Comme il constate que la silhouette est rouge, il s’arrête et replonge aussitôt en lui même. Étrange image que cet homme enroulé autour de son ventre, attendant au bord d’une rue déserte le signal mécanique d’un feu tricolore. Je ralentis le pas pour mieux contempler la scène.

Le bonhomme vire au vert et mon escargot s’engage sur le passage clouté. Au milieu de la chaussée, il s’immobilise. Le chien interroge son maître d’une oreille tirée en arrière, aboie pour le raisonner. L’homme s’écroule.

La panique m’envahit alors que de spectateur, la chute soudaine de cet homme me change malgré moi en acteur. Je me rue vers son corps sans trop savoir ce qu’il me faut faire ensuite. L’homme convulse, le chien aboie. Je suis totalement impuissant, j’ignore les gestes. Je décide d’attirer l’attention. Appeler à l’aide, réveiller quelqu’un. Mais aucun son ne passe le seuil de mes lèvres. J’ai beau forcer, mon appel à l’aide demeure coincé dans ma gorge. Quelque chose en moi m’empêche d’appeler au secours. Un souvenir enfoui au fond d’un tunnel noir m’ordonne de le retrouver. Le chien jappe de plus belle, comme pour m’encourager. Je plonge en moi même. Enfoui au cœur du nœud qui comprime mes entrailles, l’image de moi enfant pleurant les yeux levés vers ma mère, implorant son aide de l’unique manière que je connais, et celle de ma mère se tournant vers moi avec colère comme si ma détresse était un obstacle à la quiétude qu’elle avait décidé pour sa vie.